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[Interview] La reforestation en Tunisie : un danger pratiqué inconsciemment ?

[Interview] La reforestation en Tunisie : un danger pratiqué inconsciemment ?

[Interview] La reforestation en Tunisie : un danger pratiqué inconsciemment ?

Les voix se multiplient de nos jours pour lutter contre le changement climatique, protéger les écosystèmes et préserver la biodiversité. Zakher, jeune tunisien qui se présente comme un écologiste évolutif, nous explique dans cet interview son désaccord à propos des pratiques de reforestation massive en Tunisie et nous propose des alternatives.

Qui est Zakher Bouragaoui ?

Passionné de l’écologie depuis son enfance, Zakher a décidé d’en faire une carrière. Pour ce faire, il a rejoint la Faculté des Sciences de Tunis où il a travaillé sur la biologie des reptiles. Faute de moyens et dû au manque d’intérêt que porte le pays à sa cause, Zakher a décidé de quitter la Tunisie pour poursuivre ses études aux États-Unis à University of Wisconsin-Madison où il effectue son master en Wildlife Ecology. Son travail porte principalement sur l’étude des écosystèmes dans les forêts. Il travaille également dans la détection des caractéristiques de la biodiversité à partir de la reconnaissance de voix. Par ailleurs, il a fondé l’Association Tunisienne de La Vie Sauvage qui travaille sur des projets de conservation des espèces ou d’écosystèmes et essaye de sensibiliser au mieux les citoyens tunisiens à l’écologie.

Planter un arbre n’est pas toujours bénéfique :

Zakher dénonce explicitement les pratiques de reforestation et d’afforestation irréfléchies en Tunisie et dans le monde entier. En effet, selon lui, l’Eucalyptus et les autres espèces indigènes que nous sommes en train de planter en Tunisie coZakher dénonce explicitement les pratiques de reforestation et d’afforestation irréfléchies en Tunisie et dans le monde entier. En effet, selon lui, l’Eucalyptus et les autres espèces  que nous sommes en train de planter en Tunisie constituent un danger pour notre écosystème. L’Eucalyptus est une espèce invasive qui consomme des quantités énormes d’eau. Ce n’est donc sûrement pas la meilleure espèce à planter dans une époque de stress hydrique. De plus, il s’agit d’une espèce très inflammable qui peut engendrer des incendies désastreux (Cf. Australie). Le sol pouvant devenir plus acide à cause des feuilles des Eucalyptus, nous risquons un trouble de biodiversité et un faible sous-bois. Zakher a donné l’exemple du Chili et de l’Éthiopie qui se sont inscrits dans une pratique de boisement massif dépourvue de stratégie claire se basant sur la science et dont les émissions carbones sont toujours au même niveau à cause du manque de diversification des espèces.

Pourquoi continue-t-on alors ces pratiques insensées ?

Selon Zakher, le citoyen tunisien est souvent guidé par ses émotions et suit le cours des évènements tant qu’il sait que c’est pour le bien de son pays. On parle fréquemment de nos jours de réduction des émissions carbones et de lutte contre le changement climatique et le boisement est parmi ces moyens qui mène à cette cause. Cependant, on fait passer au citoyen que le fait de planter un arbre, n’importe lequel et dans n’importe quel écosystème, va contribuer à cette mission. Les médias, quant à eux, d’après Zakher, ne s’intéressent pas à ce sujet et ne le considèrent pas comme une priorité. Le ministère de l’Environnement et les responsables ignorent complètement l’avis des scientifiques et des spécialistes. Ils se lancent dans des projets de boisement sans être basés sur une stratégie claire et sans connaissance préalable de l’écosystème et de ses besoins. Le manque d’intérêt au sujet se prononce également dans le manque de formation académique proposé par l’État en ce qui concerne l’écologie.

Zakher ne s’arrête pas à l’exposition du problème, mais propose des solutions concrètes :

À part les gardes forestiers, tout parc national devrait avoir une unité de recherche permanente pour assurer un suivi permanent de la biodiversité. 

L’écotourisme est un bon moyen pour générer des ressources qui servent au développement des parcs nationaux.

En collaboration avec le ministère de la Recherche scientifique, le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Environnement devraient mettre en place conjointement différents parcours académiques dans différentes régions et aux différents niveaux d’enseignement (Licence, Master, PhD) pour enseigner l’écologie appliquée et la gestion de la faune en plus de donner aux étudiants les connaissances nécessaires sur la biodiversité, les écosystèmes et l’évaluation des risques.

L’utilisation des nouvelles technologies dans l’étude et la surveillance des écosystèmes doit être favorisée. Des outils comme l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique, la bioacoustique, la télédétection, la détection et la modélisation mathématique nous donneront non seulement la possibilité de comprendre les tendances historiques et construire une vue d’ensemble plus large de nos écosystèmes, mais nous permettent de prédire et de modéliser les tendances futures de la biodiversité.

Les autorités devraient améliorer leurs stratégies de communication concernant leurs activités à venir : une meilleure communication comprend un accès facile aux informations, à la collecte de données et leur centralisation.

Les initiatives de restauration devraient être fondées sur des preuves scientifiques et devraient tenir compte de plusieurs facteurs en utilisant une approche multidisciplinaire.

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Aziz Hachana

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